Les chiens comprennent-ils nos mots ?

« De nombreux maitres pensent que leurs chiens connaissent le sens de certains mots, mais il n’y a pas vraiment de preuves scientifiques », déclare Ashley Prichard, co-auteure de l’étude dont il va être question dans cet article. En effet, comment être certain que lorsqu’il entend « lapin » et qu’il s’excite, le chien se représente bien l’animal, c’est-à-dire qu’il connait la signification de ce mot ? Cette recherche menée à l’Université d’Emory, à Atlanta (Etats-Unis) lève le voile sur ce mystère …

Dans la mesure où les canidés sont capables d’obéir à des ordres verbaux, ils possèdent la capacité de traiter certains aspects du langage humain. Seulement, associer un mot à une action (« cherche » !) ne nous indique pas si l’animal comprend ce mot. Par ailleurs, on sait que les chiens peuvent s’appuyer sur d’autres indices pour respecter l’ordre entendu, qu’ils soient paraverbaux (intonation) ou non-verbaux (gestes, regards, expressions faciales). Gregory S. Berns et ses collègues ont donc souhaité étudier les mécanismes cognitifs que le chien utilisait pour différencier les mots, et plus largement, pour identifier un mot.

Pour l’étude, 12 chiens (dont 3 mâles) de différentes races (border collie, golden retriever, bouvier, etc.) et âgés de 2 à 12 ans, ont suivi le « protocole du chasseur » pendant plusieurs mois. Les propriétaires leur ont appris à récupérer deux objets différents, en se fondant sur le nom de ceux-ci. Afin de faciliter la discrimination, un objet avait une texture douce, tandis que l’autre avait une texture différente, comme en caoutchouc. Lorsque Ninja, Velcro, Zula ou Eddie rapportaient les bons objets, ils obtenaient une récompense culinaire ou des félicitations. Chaque animal a été entrainé par son propriétaire à la maison (10 minutes/jour) pendant 2 à 6 mois, ainsi que lors de pratiques dans un centre de dressage (toutes les 2 semaines). Lorsqu’il pouvait distinguer les 2 objets de manière systématique, le dressage était considéré comme achevé. Notons que tous les chiens avaient déjà participé à des études antérieures en IRMf ; ils étaient donc habitués au scanner.

Ainsi, au cours d’une expérience, le canidé dressé était allongé dans un scanner IRMf, tandis que sa maitresse ou son maitre se tenait devant lui à l’ouverture de l’appareil et lui disait le nom des jouets à intervalles fixes, puis lui montrait les jouets correspondants. Pour la condition de contrôle, les chercheurs ont inclus des pseudo-mots (ex : prang, zelve, sowt, etc.) et de nouveaux objets. Par exemple, Velcro a pu entendre son propriétaire prononcer « rhinocéros » ou « ballon », puis voir son maitre brandir le jouet correspondant. Et puis il a entendu « risnu » et « thozz » et on lui a présenté une chenille empaillée ou un coussin en forme de pastèque.

Les scientifiques s’attendaient à voir une distinction neurologique, selon que les animaux connaissaient ou non les mots entendus. Mais les résultats les ont étonnés, puisqu’ils étaient à l’opposé de ce que les recherches sur les humains ont pu montrer. Ils ont en effet, observé une plus grande activation dans les régions auditives du cerveau des chiens (dans le cortex pariétotemporal, pour la moitié d’entre eux), lorsqu’il s’agissait de pseudomots. Or, chez l’homme, cela se produit généralement pour les mots connus. Pour expliquer ce résultat, l’équipe scientifique émet l’hypothèse que les chiens présenteraient une plus grande activation neuronales à l’écoute d’un mot nouveau, parce qu’ils sentiraient que leurs maitres veulent qu’ils comprennent ce qu’ils disent et qu’ils essaient donc de le faire. Selon Berns : « En fin de compte, les chiens veulent faire plaisir à leurs maitres et peut-être aussi recevoir des éloges ou de la nourriture. »

En conclusion, malgré les limites de l’étude (différences de races, d’âges, de capacités cognitives) les auteurs indiquent avoir trouvé des preuves neuronales de la détection de nouveauté auditive dans le domaine de la parole humaine. Les chiens traitent celle-ci au moins dans la mesure où ils différencient des mots déjà entendus d’autres jamais entendus auparavant. Cela suggère qu’à l’écoute de « lapin ! », l’excitation du chien, au-delà d’un réflexe pavlovien de bas-niveau, serait aussi la conséquence d’une représentation neuronale de ce mot. Reste que Berns et ses collègues soulignent que pour communiquer avec son animal, les signaux visuels seraient plus efficaces que les signaux verbaux.
Source : Ashley Prichard, Peter F. Cook, Mark Spivak, Raveena Chhibber, Gregory S. Berns. « Awake fMRI Reveals Brain Regions for Novel Word Detection in Dogs », in Frontiers in Neuroscience , oct. 2018

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