Notre cerveau nous rendrait-il naturellement égocentrique ?

Au cours d’une soirée, alors que vous êtes en pleine conversation avec des convives, vous vous retournez subitement, parce que vous venez d’entendre votre (pré)nom. Ce détournement de votre attention est bien connu. En effet, nous nous intéressons prioritairement aux stimuli personnels ; c’est ce qu’on appelle le « biais auto-référentiel ». Partant de ce constat, une étude a voulu tester si un phénomène semblable se passait dans notre tête. L’occasion de découvrir si notre cerveau ne nous rendrait pas naturellement centrés sur nous-mêmes…

Co-auteur de l’étude, Tobias Egner, professeur agrégé au Département de psychologie et neurosciences (Université de Duke, Caroline du Nord, Etats-Unis) indique que, de manière préférentielle, nous nous intéressons aux stimuli externes qui nous sont liés. Mais selon lui, la question est de savoir à quel point cette priorisation et cette hiérarchisation est automatique. Et si tel était le cas : « cela pourrait vraiment biaiser la façon dont nous prenons des décisions ». Lui et ses collègues des Université du Southwest (Chine) et de Bath (Angleterre) ont voulu savoir si ce biais d’auto-référence s’appliquait également aux représentations internes, comme celles conservées dans la mémoire de travail.

Parfois appelée mémoire à court terme, la mémoire de travail nous permet de traiter cognitivement des éléments temporairement stockés. Elle est donc sollicitée dans des processus qui font appel à un raisonnement, comme lire ou calculer. Selon Egner : « nous utilisons la mémoire de travail pour prendre des décisions complexes dans lesquelles nous devons peser différentes informations et les garder à l’esprit. [Or] si vous donnez toujours la priorité aux informations personnelles, alors ce biais peut vous guider dans vos décisions (…) lorsque vous évaluez différentes options. » Pour tester le biais auto-référentiel dans la mémoire de travail, l’équipe de recherche a créé un programme et l’a testé sur 102 participants.

En premier lieu, les scientifiques ont appris aux sujets à associer des labels sociaux (« ami », « étranger », « soi ») aux couleurs (bleu, vert et violet). Le « jeu » est alors simple : deux points de couleurs différentes clignotent brièvement sur un écran. Suivent cinq secondes de pause au cours de laquelle les participants doivent se rappeler les couleurs et emplacements précédents. Ensuite un point noir apparait à l’écran. Il s’agit d’indiquer si ce point noir clignote au même endroit que l’un des points colorés et, le cas échéant, à quelle étiquette cela correspond. De cette première expérience, il en ressort que les participants ont correctement identifié les points « soi » bien plus rapidement que les points « ami » ou « étranger ». Cela indiquerait donc que leur mémoire de travail était nettement plus centrée sur les points étiquetés « soi ».

En second lieu, dans une variante expérimentale, les scientifiques ont modifié le programme informatique de telle sorte que la couleur associée au « moi » apparaisse deux fois moins souvent que les couleurs « ami » et « étranger ». L’idée était de constater si les personnes accorderaient encore la priorité au « soi », alors que cela nuirait à leurs performances. Mais là encore, les participants se sont toujours montrés plus rapides avec la couleur « soi ».

Dans ce protocole de recherche, il est clair que l’association couleur, label social et emplacement était totalement arbitraire et qu’il ne servait donc absolument à rien de privilégier une couleur plutôt qu’une autre. Pourtant dans chaque expérience, les sujets ont toujours accordé la priorité à la couleur qui leur était personnellement associée. « Cela suggère qu’il y a une priorisation automatique des éléments auto-référentiels dans la mémoire de travail, qui peuvent constituer la base de certains biais égocentriques dans la prise de décision », déclarent les auteurs.
Source : Shouhang Yin, Jie Sui, Yu-Chin Chiu, Antao Chen et Tobias Egner. « Automatic Prioritization of Self-Referential Stimuli in Working Memory », in Psychological Science, janv. 2019 // Université de Duke : « It’s not your fault – Your brain is self-centered » : https://today.duke.edu/2019/03/its-not-your-fault-your-brain-self-centered

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