Obésité rurale

Le Billet du Neurologue, Dr Bernard CROISILE, Juillet 2019

On connaît la phrase de Jean-Louis-Auguste Commerson (1803-1879), généralement attribuée à l’humoriste Alphonse Allais (1854-1905), selon laquelle il faudrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur. Alors que la vision rudimentaire des citadins est que la campagne est synonyme d’une vigoureuse santé, la revue Nature nous apprend maintenant qu’elle génère autant de surpoids que les villes. Cette idée reçue découle d’un syllogisme assez simpliste : puisque le sport est bon pour la santé et que les ruraux ne sont pas dépourvus d’exercice physique, logiquement leur masse pondérale devrait plutôt être celle d’Anthony Perkins que d’Yvan Rebroff (pour ceux de ma génération qui les ont connus - par les temps d’intolérance qui courent, je suis bien obligé de comparer des personnes décédées de peur d’être accusé de racisme anti-maigre ou anti-gros).

A vos calculettes : êtes-vous maigre ou gros ?
L’indice de masse corporelle (IMC) est calculé en divisant le poids (en kg) par la taille (en cm) au carré. L’IMC permet de mieux apprécier l’existence d’une maigreur ou d’un surpoids puisque fort logiquement le poids doit être analysé en fonction de la taille : peser 100 kg n’a pas la même signification si vous mesurez 1m70 (IMC = 34,6) ou 1m95 (IMC = 26,3). Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, on conclut à la maigreur pour un chiffre inférieur à 18,5, à une corpulence normale entre 18,5 et 25, à un surpoids de 25 à 30, l’obésité modérée correspondant à des chiffres entre 30 à 35, l’obésité sévère entre 35 à 40, et l’obésité morbide au-delà de 40.
La répartition des IMC en France est clairement en faveur d’un excès de poids : 3,5% des Français rentrent dans la catégorie de la maigreur, la corpulence est normale pour 49,2% d’entre nous, le surpoids pour 32,3% et l’obésité concerne 15% de nos concitoyens. Si vous voulez revenir à une corpulence normale, le conseil habituel est « Mangez moins (ou mieux), bougez plus ».

Les ruraux grossissent
La revue britannique Nature, une des plus réputées au monde, a publié cette année une étude épidémiologique dont les conclusions ont surpris : les ruraux grossissent. Si les champs, bois et collines procurent mille occasions de pratiquer un roboratif exercice physique, la réalité pondérale des habitants de nos campagnes tend plutôt vers l’excès. Un des auteurs de l’article, Majid Ezzati (Imperial School of Public Health, London) a déclaré que si on a longtemps pensé que l’urbanisation était le principal responsable de l’épidémie mondiale d’obésité, la tendance était aussi très forte en milieu rural.
L’étude n’est pas modeste, elle a réuni les informations issues de 2009 publications, regroupant plus de 112 millions d’adultes du monde entier, de 1985 à 2017. En trente-deux ans, l’IMC a globalement augmenté de 2,2 kg/m2 chez les hommes et 2 kg/m2 pour les femmes, ce qui représente environ 5 à 6 kg par personne. Cette augmentation est toutefois beaucoup plus nette dans les populations rurales (+ 2,1 kg/m2) qu’urbaines (de + 1,6 pour les hommes à + 1,3 chez les femmes) ; dans certains pays à faibles revenus, plus de 80% de l’augmentation de l’IMC provient du monde rural.
Si les citadins utilisent encore beaucoup les transports en commun, ils favorisent les déplacements à vélo et la réalisation d’activités physiques. Ils sont en outre plus soucieux d’une alimentation équilibrée. Les villes ne se sont pas déplacées à la campagne, c’est celle-ci qui imite les travers que les citadins sont en train d’abandonner : l’alimentation reste encore (ou est devenue) hypercalorique et riche en graisses, sans commune mesure avec un exercice physique que les voitures et les véhicules agricoles ont considérablement réduit.

Obésité et politique : le vote gras ?
Autrefois, l’obésité et certaines maladies (goutte, diabète, hypertension artérielle, dyslipidémie, maladies cardio-vasculaires) étaient l’apanage des personnes riches, seules susceptibles de se nourrir à satiété, alors que les agriculteurs et les ouvriers étaient plutôt identifiés comme faméliques. Ce phénomène s’est dorénavant inversé : le surpoids s’observe préférentiellement chez des personnes à faibles revenus et à faible niveau d’éducation car les mauvaises habitudes alimentaires et l’adhésion aux conseils médicaux dépendent à la fois du coût des denrées alimentaires (plus c’est mauvais pour la santé et moins c’est onéreux) et de l’accès aux informations utiles (plus facile en cas de bon niveau éducatif).
L’obésité est ainsi le reflet des inégalités sociales, mais elle serait également symptomatique des opinions politiques. Un chercheur américain spécialisé en épidémiologie et nutrition, Adam Drewnowski, a constaté que les régions des États-Unis ayant voté pour Donald Trump contiennent un taux élevé d’obèses. La corrélation entre l’obésité et le vote en faveur du Brexit au Royaume-Uni est également très élevée. Si le surpoids protège du froid, génèrerait-il en revanche une certaine frilosité politique ? Comme toujours avec les corrélations, il faut se méfier des conclusions hâtives : il serait bien sûr ridicule d’en inférer que l’obésité prédirait les résultats électoraux, mais elle reflèterait une certaine pauvreté et une certaine ignorance politique. Du moins, c’est ce que doivent penser les électeurs maigres ?
Ainsi, point n’est besoin de déplacer les villes à la campagne, car si l’air y est encore plus pur, les mauvaises habitudes hygiéno-diététiques y sont déjà les mêmes.



Pour en savoir plus :
Rising rural body-mass index is the main driver of the global obesity epidemic in adults. Nature, 2019 May; 569(7755): 260-264. doi: 10.1038/s41586-019-1171-x.
Le disque de calcul de l’indice de masse corporelle chez l’adulte – PNNS – INPES – Ministère de la santé : www.inpes.sante.fr
Gerardo Fortuna. L’obésité, facteur de prédiction politique ? 5 juin 2019.
https://www.euractiv.fr/section/sante-modes-de-vie/news/could-obesity-be-a-predictor-of-the-next-political-mayhem/

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