Sur le plan cognitif, les singes sont-ils plus souples que nous ?

« Nous sommes une espèce unique et nous sommes exceptionnellement différents de toutes les autres créatures de la planète […] Mais nous sommes aussi parfois très bêtes. » Pourquoi donc Julia Watzek, principale auteure de l’étude qui va vous être dévoilée dans ce billet, déclare-t-elle cela ? Publiée dans Scientific Reports, sa recherche tend à démontrer que les humains n’envisagent pas toujours de solutions alternatives pour résoudre efficacement un problème … à la différence des singes. On vous explique pourquoi.

Dans un environnement prévisible, nous appliquons des stratégies (élaborées grâce à nos expériences passées) qui nous épargnent un effort cognitif trop intense et nous aident à résoudre les problèmes quotidiens. Mais nous évoluons aussi dans des contextes changeants, et des solutions alternatives sont parfois plus appropriées que celles déjà maintes fois éprouvées. Dans la présente étude, il s’est agi de mettre en lumière les contraintes de notre système cognitif qui peuvent nous empêcher de reconnaitre qu’une stratégie familière n’est plus efficace et qu’une nouvelle, plus bénéfique, doit être envisagée. Au sujet de cette flexibilité cognitive, Julia Watzek et ses collègues indique qu’elle peut varier selon les cultures. Par exemple, l’éducation scolaire occidentale semble renforcer l’association d’une seule réponse correcte pour un problème donné.

Afin de mieux comprendre l’inflexibilité cognitive, il est utile de tester dans quelle mesure elle est présente chez d’autres espèces animales. A cet effet, les chercheurs ont repris, en le simplifiant, le protocole mis au point dans une étude antérieure par Sarah M. Pope et ses collègues en 2015, ceci afin qu’il soit moins dépendant de la mémoire de travail.

60 étudiants de l’Université d’Etat de Géorgie (50 femmes, 10 hommes ; M âge = 19.8 ans), 22 singes capucins (16 femelles, 6 mâles, M âge = 16.09 ans) et 7 macaques rhésus (tous mâles, M âge = 21 ans) ont été recrutés pour participer au protocole expérimental suivant. Durant une première phase de formation, les sujets ont vu un carré rayé (carré 1) et un carré en pointillé (carré 2) et ont été récompensés pour avoir d’abord sélectionné le carré 1, puis le carré 2. Dans la seconde phase de formation, les scientifiques ont augmenté le nombre de possibilités de réponses en présentant deux carrés vide en plus des carrés 1 et 2. Pour la dernière phase, suite à la sélection de ces deux derniers carrés, un triangle bleu est apparu, remplaçant un des deux carrés vides. Lorsqu’ils ont sélectionné ce triangle (grâce à la stratégie apprise : carré 1 ? carré 2 ? triangle), les participants ont reçu une récompense : pour les humains, un jingle « réussite » ; pour les animaux, un granulé de nourriture aromatisé à la banane. En cas de réponses incorrectes, c’est un jingle « échec » et un délai d’attente de deux secondes que les humains ont reçu, alors que les animaux n’obtenaient aucune récompense culinaire. Une fois ce processus bien compris, l’équipe de recherche l’a modifié, en présentant, au cours de la session suivante, des écrans où l’option du triangle était directement présentée (sans les deux premières étapes avec les carrés).

Comment ont alors réagi les différents participants ? Alors que tous les singes (capucins et macaques rhésus) ont rapidement utilisé le raccourci (la sélection directe du triangle), 61% des humains (56 personnes à ce stade du protocole, 4 n’ayant pas validé l’étape de formation initiale) ne l’ont pas fait. A noter que dès la première apparition de l’écran « simplifié », 70% des singes ont opté pour la solution alternative et pas pour celle apprise précédemment. Un seul adulte a osé le faire ! Certains participants de chaque espèce ont également utilisé cette stratégie intermédiaire : ils ont commencé à adopter la règle apprise mais sont passés au raccourci après avoir sélectionné le premier carré.

De cette recherche, il en ressort que les singes font preuve d’une plus grande souplesse cognitive que les humains, puisque lorsqu’on leur propose un nouveau contexte, ils se montrent plus prompts à envisager une nouvelle stratégie. Les auteurs de l’étude suggèrent que les différences de capacités de mémoire de travail pourraient influencer l’utilisation de la stratégie apprise. Selon eux, une capacité de mémoire de travail limitée pourrait encourager l’utilisation du raccourci. Ils mettent également en cause la culture de l’apprentissage par cœur qui nous amène à prendre des décisions inefficaces et à potentiellement manquer des occasions.

Petite note positive pour nous, les scientifiques précisent : « qu’un plus grand nombre d’humains prennent le raccourci après avoir vu une vidéo montrant quelqu’un le prendre, mais environ 30 % continuent à ne pas le prendre ». Dans une autre version de l’expérience, les humains ont été prévenus qu’ils ne devaient pas avoir peur d’essayer de nouvelles choses. S’ils étaient plus nombreux à prendre le raccourci, beaucoup ne s’y sont toujours pas résolus.
Source : Julia Watzek, Sarah M. Pope, Sarah F. Brosnan. « Capuchin and rhesus monkeys but not humans show cognitive flexibility in an optional-switch task ». Rapports scientifiques , sept. 2019 // Pope, S. M., Meguerditchian, A., Hopkins, W. D. & Fagot, J. Baboons (Papio papio), but not humans, break cognitive set in a visuomotor task. Anim. Cogn. 18, 1339–1346 (2015)

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