Une zone du cerveau dédiée aux Pokémon ?

Une étude scientifique sur les Pokémon ? Vous n’êtes pas les seuls à faire preuve de scepticisme face à cette annonce, puisque Jesse Gomez, initiateur du projet, a lui-aussi eu du mal à convaincre ses collègues. Selon ce neuroanatomiste, une région du cerveau pourrait être dédiée à la reconnaissance des centaines de personnages Pokémon. Découvrez pourquoi cette recherche incongrue nous en apprend plus sur le fonctionnement de notre cortex visuel.

Depuis la fin des années 90, le succès des jeux vidéo Pokémon ne se dément pas. Ils sont très populaires encore aujourd’hui. Jesse Gomez, principal auteur de l’étude, en est lui-même un adepte : « J’y ai joué sans arrêt à partir de l’âge de 6 ou 7 ans. J’ai continué à y jouer tout au long de mon enfance. Ce qui est unique chez Pokémon, c’est qu’il y a des centaines de personnages et que vous devez tout savoir sur eux pour pouvoir jouer au jeu avec succès. Le jeu vous récompense pour avoir identifié des centaines de ces petits personnages d’aspect similaire ». Le scientifique a alors émis l’hypothèse qu’une exposition intense à ce jeu durant la petite enfance pourrait, à l’âge adulte, entrainer une activation préférentielle pour ces personnages dans le cerveau. Autrement dit, il s’agissait de voir si une région cérébrale pouvait être dédiée aux Pokémon…

Derrière cette hypothèse qui, de prime abord, peut paraitre fantaisiste, les chercheurs y ont vu un bon moyen d’en savoir davantage sur l’organisation fonctionnelle du cortex visuel humain de haut niveau. Des études menées sur des primates ont déjà permis de découvrir que des régions dédiées à une nouvelle catégorie d’objets peuvent se développer dans le cortex visuel (la partie du cerveau qui traite ce que nous voyons), à condition que l’exposition à ces objets ait commencé tôt. Jesse Gomez et ses collègues de l’Université de Stanford ont donc voulu vérifier si ces constats pouvaient également être établis chez les humains.

Ils ont alors utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour visualiser l’activité cérébrale d’un groupe unique d’adultes qui, enfants, avaient une grande expérience visuelle des Pokémon. Ce qui est intéressant avec les personnages de ce jeu, c’est qu’ils sont différents des catégories classiques telles que les visages ou les lieux (communs à nous tous). Les 11 adultes (dont J. Gomez et M.Barnett, co-auteurs de l’étude) ont été placés dans un scanner IMRf dans lequel ils ont pu visualiser des centaines de personnages Pokémon (issu du jeu sur Game Boy).

Il semblait important de prendre en compte le fait que les membres de ce groupe expérimental aient pu avoir entre les mains le même petit écran carré, à environ la même distance des yeux. Cela a permis aux chercheurs de tester le biais d’excentricité. C’est une théorie visuelle selon laquelle les connexions de notre cortex visuel se sont pas influencées par la taille ou la forme d’un objet, mais plutôt par deux facteurs : la quantité de champ visuel que prennent les objets et les parties de notre vision (centrale ou périphérique) que nous sollicitons pour les visualiser. Jouer aux Pokémon sur une Game Boy implique que les personnages occupent une toute petite partie du centre de la vue du joueur. La théorie du biais d’excentricité prédit dans ce cas que c’est l’emplacement des personnages dans la vision centrale d’un enfant (et non leur forme, leur taille ou leurs caractéristiques animales) qui va déterminer où ils seront localisées dans un cerveau en développement ; en l’occurrence ici, le cortex visuel latéral.

Les résultats indiquent que le cerveau des participants a réagi davantage aux images de Pokémon par rapport à ceux du groupe contrôle n’ayant jamais joué au jeu vidéo durant leur enfance. Chez les experts en Pikachu et autre Bulbizarre, le « centre Pokémon » se situe dans le sillon occipito-temporal, un repli cérébral avec des millions de neurones, localisé juste derrière nos oreilles. Comme l’indiquent les chercheurs, cette structure répond généralement à des images d’animaux (qui peuvent ressembler à des personnage de Pokémon).

Même si cette étude demande inévitablement à être réalisée sur une plus grande cohorte, les résultats suggèrent, selon les auteurs : « qu’une expérience visuelle durant la petite enfance façonne l’architecture fonctionnelle du cortex visuel de haut niveau, ce qui donne une représentation unique dont la topographie spatiale est prévisible ».

Et pour les parents qui s’inquiéteraient des effets durables des jeux vidéo sur le cerveau, K. Grill-Spector, co-auteure de l’étude, indique avec humour que tous les 11 participants experts en Pokémon ont leur Doctorat…
Source : Jesse Gomez, Michael Barnett & Kalanit Grill-Spector, Extensive childhood experience with Pokémon suggests eccentricity drives organization of visual cortex, in Nature Human Behaviour, mai 2019 // Site de l’Université de Stanford, Stanford researchers identify brain region activated by Pokémon characters : https://news.stanford.edu/2019/05/06/regular-pokemon-players-pikachu-brain/

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