Quand le bilinguisme retarde la survenue de la maladie d’Alzheimer

Le Billet du Neurologue, Dr Bernard CROISILE

Le don des langues
Le don des langues n’appartient pas à tout le monde, mais certains le possèdent au point de rendre jaloux les douze Apôtres même après un dimanche de Pentecôte amplement illuminé de flammèches. L’explorateur écossais Richard Burton (1821-1890) parlait 29 langues, et le pape Jean-Paul II, sept, ce qui fut un atout pour son élection. Lors de la guerre d’Indépendance américaine, le français servait de langue commune entre les officiers britanniques et ceux des troupes de Hesse et du Brunswick louées par le roi d’Angleterre pour combattre les insurgés. Au XIXe siècle, les familles régnantes toutes apparentées du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Autriche-Hongrie et de Russie maîtrisaient l’anglais, l’allemand et le français, ce qui facilitait la communication entre cousins. A la même époque, si elles ne pouvaient plus converser dans leur langue d’origine, les familles de banquiers ou de commerçants internationaux utilisaient déjà l’anglais dans leurs échanges. De nos jours, le linguiste Claude Hagège connaît, je crois, une soixantaine de langues, ayant déclaré que le plus difficile c’étaient les 40 premières, on veut bien le croire.

Que se passe-t-il dans le cerveau ?
Le cadre restreint de ce billet ne me permet pas de détailler tous les aspects scientifiques fascinants mais complexes du bilinguisme et encore moins du 60-linguisme. Tout dépend de quand (à quel âge), avec quelle intensité et de quelle façon (par des parents de langues différentes, après l’arrivée dans un autre pays, par l’apprentissage scolaire), une personne est confrontée à une seconde langue. En gros, plus cette confrontation est tardive, et plus l’hémisphère droit sera sollicité pour développer des compétences liées à cette seconde langue. Si l’on met de côté l’explication pieuse de Pentecôte, le don extravagant pour les langues est un perpétuel défi aux lois de la biologie et de l’architecture neuronale. Ainsi qu’un sujet de jalousie…

Le bilinguisme, un facteur protecteur de l’Alzheimer ?
De nombreuses personnes sont arrivées en France à 20 ans (de Pologne, d’Espagne, du Portugal, d’Italie, du Maghreb…). Il en est de même dans plusieurs pays à forte immigration tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie... Lors d’une maladie d’Alzheimer ces personnes bilingues retourneront à un usage plus exclusif de leur langue première, abandonnant progressivement l’usage et les connaissances de la langue seconde. Comme pour d’autres fonctions cognitives, ce qui est appris en dernier s’évapore en premier.
Comme connaître deux langues (même imparfaitement) démontre une plus grande capacité cérébrale, la communauté scientifique s’est demandée s’il en résultait une protection particulière. Des chercheurs canadiens ont montré que les personnes maîtrisant deux langues débutaient une maladie d’Alzheimer plus tard que les autres. Les chercheurs ont comparé 109 patients monolingues à 102 bilingues correspondant à 21 langues premières parmi lesquelles le Yiddish (n = 24), le Polonais (n =12), l’Italien (n = 11), le Hongrois (n = 9) et le Français (n = 7). L’analyse a montré que chez les patients bilingues, les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer se sont manifestés cinq années plus tard que chez les monolingues.

Ne laissez jamais votre cerveau inactif !
On sait depuis longtemps que l’éducation et le niveau socio-culturel, mais aussi la conservation d’un réseau social actif et le maintien d’un certain niveau d’activités cognitives influençaient l’âge de début de la maladie d’Alzheimer, par le renforcement d’une plasticité cérébrale sous la forme d’une réserve cognitive de neurones, de connexions et de stratégies cognitives alternatives ou supplémentaires.
Toute situation de stimulation cognitive ou de richesse cognitive est associée à un meilleur confort cognitif et une plus grande résistance aux effets de l’âge, ainsi qu’un développement plus tardif du début clinique d’une maladie d’Alzheimer. Est-ce que cette richesse cognitive retarde l’installation des lésions biologiques (en particulier les dépôts amyloïdes si toxiques pour les neurones), ou bien, alors que ces lésions sont déjà présentes, réduit-elle leur expression clinique par un effet de compensation liée à la plasticité neuronale ? On a des éléments scientifiques pour penser que ces deux mécanismes seraient observés.
Finalement, la Tour de Babel et sa dispersion linguistique ont peut-être été envisagées par le Créateur comme un élément anticipatoire de protection neuronale ?

Pour en savoir plus :
Craik FIM, Bialystok E, Freedman M. Delaying the onset of Alzheimer disease: Bilingualism as a form of cognitive reserve. Neurology 2010; 75: 1726–1729.
Bernard Croisile. Alzheimer : que savoir, que craindre, qu’espérer ? Éditions Odile Jacob (2014).

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