Voulez-vous être de mes amis ?

Le Billet du Neurologue Dr Bernard CROISILE
Comme vous l’avez souvent lu sous ma plume, je prône le Carré d’As de la prévention de la maladie d’Alzheimer : régime méditerranéen, dépistage et traitement des facteurs de risque vasculaire, exercice physique et entretien cognitif. La stimulation cognitive est facile, elle résulte d’un travail cognitif régulier et varié, dont l’activité professionnelle et les loisirs sont les deux fleurons. Récemment, l’importance du réseau amical a été soulignée par une équipe de chercheur : les amis, ça stimule.

Savez-vous que depuis 2011, le 30 juillet est la Journée internationale de l'amitié ? Moi, pas…
Avant l’explosion des réseaux sociaux, l’anthropologue Robin Dunbar (Université d'Oxford) estimait en 1993 qu’un adulte ne pouvait entretenir simultanément qu’un maximum de 150 relations amicales. Facebook a-t-il changé la donne ? Pas vraiment puisque que la moyenne des amis sur Facebook serait de 130 (alors qu’un de mes étudiants affiche 1 200 amis !). Plutôt que de créer de véritables amis, les réseaux sociaux aident à entretenir des liens que l’éloignement géographique distendait lentement autrefois.
Plusieurs études ont établi qu’on disposait de deux à cinq « vrais » amis (des amis très proches), les autres étant sans doute des « connaissances ». Dans un dossier de Pyschologies (2019), Ségolène Barbé indique que selon un sondage Ifop-L’Express, nous aurions cinq types d’amis, aux fonctions différentes. L’ami symbiotique, double, miroir, aux liens inexplicables, mais qui rassure. L’ami confident, ami intime devant qui l’on se montre nu. L’ami tradition, ami d’enfance avec qui on ressasse nos souvenirs. L’ami compensation qui permet de rejouer des scénarios de notre enfance. L’ami ouverture, ami intellectuel avec lequel on refait le monde. L’amitié n’est pas altruiste, elle nous apporte toujours « quelque chose »… mais c’est réciproque.

Liens sociaux : c’est la qualité qui compte
La richesse du réseau social est potentiellement protectrice contre les troubles cognitifs. La qualité joue aussi un rôle. En 2010, des chercheurs français ont observé que les personnes satisfaites de leur réseau social et qui estiment avoir plus reçu que donné ont diminué leur risque de démence et d’Alzheimer. Ce dernier point peut paraître contre-intuitif, mais « avoir plus reçu que donné » reflèterait un réseau social qualitativement riche.

Plus de déclin cognitif chez les personnes ayant peu de relations sociales
Mais, la réduction des liens sociaux est-elle la cause ou la conséquence de l’installation des troubles cognitifs ? Une maladie d’Alzheimer débutante réduit-elle les échanges sociaux et conduit-elle à un isolement social, ou est-ce l’appauvrissement des liens amicaux qui déclenche la maladie en diminuant la stimulation cognitive liée aux rencontres ?
Après un suivi de 28 ans, les fonctionnaires britanniques nous apportent une réponse. Lors de l’étude Whitehall II qui suit une cohorte de plus de 10 228 fonctionnaires, les contacts sociaux ont été évalués à 50, 60 et 70 ans : une grande richesse de contacts à 60 ans (mais pas à 50 et 70 ans) était associée ultérieurement à un moindre risque de démence et de maladie d’Alzheimer. Les sexagénaires échangeant quotidiennement avec leurs amis auraient 12% de risque en moins comparativement à ceux qui ne les verraient que quelquefois dans le mois. En outre, sur une durée de 15 ans, les sujets ayant une grande fréquence de contacts sociaux maintenaient de meilleures performances cognitives que ceux n’ayant que de faibles contacts. Les amis stimulent la cognition et retardent l’Alzheimer.
Curieusement, les amis sont significativement plus protecteurs que la famille, sans doute parce qu’avec sa famille on est dans une relation plus confortable, alors que les amis nous obligent à plus d’efforts, à davantage d’échanges soutenus ou stimulants, ce qui renforce encore plus la réserve cognitive dont on sait qu’elle constitue un « matelas » de protection contre la progression des lésions neurodégénératives.
Les auteurs de l’étude n’excluent pas qu’une fragilité cognitive extrêmement précoce pourrait en fait affecter les aptitudes d’une personne à établir et maintenir des liens sociaux, ce qui augmenterait le risque de développer ultérieurement une démence.
Voir souvent nos amis enrichit notre quotidien, et à long terme, réduit notre risque de démence ou d’Alzheimer. A chacun de définir ses amis, de maintenir les liens, d’embellir nos rencontres. Montaigne expliquait ainsi son amitié indéfectible avec La Boétie : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. » Un petit conseil « cynique », veillez toutefois à privilégier des amis plus jeunes que vous de 20 ans, car on perd vite les amis de son âge… Et, à 80 ans, avoir des amis de 60 ans, ce n’est pas si mal que ça !



Pour en savoir plus
https://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Amitie/Articles-et-Dossiers/L-amitie-le-plus-beau-cadeau-d-une-vie/A-quoi-servent-les-amis
Amieva H, Stoykova R, Matharan F, Helmer C, Antonucci TC, Dartigues JF. « What aspects of social network are protective for dementia? Not the quantity but the quality of social interactions is protective up to 15 years later », Psychosom. Med., 2010, 72(9), 905-911.
Sommerlad A, Sabia S, Singh-Manoux A, Lewis G, Livingston G. Association of social contact with dementia and cognition: 28-year follow-up of the Whitehall II cohort study. PLOS Medecine, Published: August 2, 2019https://doi.org/10.1371/journal.pmed.1002862
Bernard Croisile. Alzheimer : que savoir, que craindre, qu’espérer ? Éditions Odile Jacob (2014).

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