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Tout est relatif

Le Billet du Neurologue Dr Bernard CROISILE

Je ne sais pas quand vous lirez ce texte, mais il fut écrit cet été. Une des caractéristiques de l’été est de boire des apéros avec ses amis (en toute modération bien sûr, et sans oublier les cinq fruits et légumes quotidiens, ni les 60 minutes de marche) tout en résolvant les problèmes de l’Univers avec un brio à faire pâlir la plupart des dirigeants mondiaux ! L’été est aussi propice aux lectures, ce qui m’a permis de parcourir un livre sur les maisons d’écrivains américains dans lequel j’ai trouvé cette jolie citation d’Edith Wharton (1862-1937) « J’étais une ratée à Boston, parce qu’ils trouvaient que j’étais trop dans le vent pour être intelligente. J’étais une ratée à New York, parce qu’on pensait que j’étais trop intelligente pour être à la mode. » Peu de temps après, j’étais plongé dans L’Opération Mincemeat, passionnant ouvrage de Ben Macintyre sur l’épisode de désinformation le plus spectaculaire et le plus réussi de la Seconde guerre mondiale. Une anecdote de ce livre a laissé divaguer mon esprit, déjà amorcé par la citation d’Edith Wharton, sur la notion de relativité, pas celle d’Albert Einstein, mais celle résumée par le philosophe positiviste Auguste Comte (1798-1857) : « La seule vérité absolue, c’est que tout est relatif. »

Un héros tremblant


L’Opération Mincemeat (dont a été tiré un film assez médiocre, La Ruse) raconte l’histoire d’un cadavre largué par un sous-marin britannique en avril 1943 au large des côtes espagnoles, non loin d’un port où résidait un espion allemand. Cette dépouille, habillée en major des Royal Marines, portait de fausses lettres dont le contenu devait faire croire aux Allemands que les Alliés débarqueraient en Grèce alors qu’ils le feraient en Sicile. Le succès fut total, puisqu’Hitler renforça le Péloponnèse, la Corse et la Sardaigne tout en dégarnissant la Sicile. J’ai été frappé par la description faite par Macintyre de la bravoure exceptionnelle du colonel William Darby, des US Rangers. Adoré de ses hommes qui l’avaient baptisé « El Darbo », cet officier américain s’était distingué lors de dangereuses opérations de commando. Alors qu’il était convoyé par le sous-marin HMS Seraph qui quelques mois plus tard larguera le cadavre du faux major Martin, Darby fut terrifié par l’expérience de plusieurs combats sous-marins, au point de déclarer au lieutenant William Jewell, capitaine du Seraph, « Mets-moi à terre, donne-moi une arme et je ne crains rien ni personne. Mais, ça alors, je n’ai jamais eu aussi peur qu’au cours de ces deux derniers jours. » Le courage n’est pas une vertu ubiquitaire, car si à terre Darby est d’une vaillance éblouissante, il n’en mène pas large sous l’eau. Tout est relatif… et c’est là que mon esprit a mis en lien d’autres exemples de relativité, en particulier dans le cadre de la mémoire collective.

Que retient une génération ?


Cet été, j’ai découvert avec stupéfaction que mon interne, âgée de 29 ans, confondait Sacha Guitry et Sacha Distel, alors que mon étudiant en pharmacie, âgé de 24 ans, ne connaissait ni l’un ni l’autre. Quelques jours plus tard, un de mes amis quinquagénaires me racontait avoir croisé Murray Head à Paris : mon ami avait découvert que cette figure emblématique de la musique britannique et francophone (il est parfaitement bilingue et a même chanté en français) était totalement inconnue de la douzaine de trentenaires à qui il avait raconté cette rencontre. Mon interne et mon étudiant ne le connaissaient pas davantage, ni d’ailleurs Juliette Gréco ou le groupe Super Tramp. En revanche, ils furent stupéfaits que je connaisse les films de l’univers cinématographique Marvel. Tout est relatif…

« Je t’accuse d’inculture » avait lancé Jean Cocteau à François Mauriac


Certains concluront, avec de grands soupirs, à l’inculture de notre époque. En réalité, les personnes de ma génération taxent d’inculture le fait que les plus jeunes ne sachent rien des évènements et des personnages de notre jeunesse, comme si un rouleau compresseur ou une gigantesque gomme avaient effacé tout ce qui avait plus de 20-30 ans. En pratique, chaque génération est baignée dans le savoir de son époque, et nos souvenirs de nos 15 à 40 ans d’âge sont imprégnés des faits et des personnages de cette période qui susciteront moins d’intérêt pour la génération suivante et rien du tout pour la suivante qui ne l’aura pas vécue. Bien sûr, quelques idoles absolues volent bien au-dessus des vagues, tels les Beatles, The Rolling Stones ou David Bowie. Le reste est l’affaire des sexagénaires ou des ultra-spécialistes.
En fait, notre mémoire sociétale juxtapose des périodes des 20 années d’une génération. Tous les 20 ans, un pan de culture et d’histoire disparaît ou s’efface pour les générations suivantes qui actualisent un nouveau pan de 20 années. Il est plus facile de se rappeler ce qui nous a baigné pendant 40 ans que pour des jeunes d’apprendre ce que nous avons vécu : ce qui a été autrefois le présent d’un quinquagénaire est maintenant du passé pour les jeunes, au même titre que l’assassinat d’Henri IV ou la bataille d’Austerlitz. Toute vérité dépend du point de vue choisi ou du contexte, tout savoir dépend de l’environnement ou de l’âge. La mémoire collective est relative…
Croyances, cultures, éducations, idéologies, nationalités, genres, créent des représentations mentales ou des procédures cognitives qui orientent nos choix, notre réflexion, nos commentaires, ce qui privilégie des perspectives plus que d’autres. Ce que pressentait déjà Blaise Pascal « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »

Fumez-vous la pipe ?


Vous connaissez tous le tableau de René Magritte intitulé La Trahison des images (1929) représentant une pipe accompagnée de l’inscription « Ceci n’est pas une pipe. » A moins d’une interprétation plus grivoise, l’objectif du peintre était de démontrer que la meilleure illustration d’une pipe ne la transformera jamais en objet réel. Dans L’Opération Mincemeat, Ben Macintyre raconte aussi que Freud, interrogé au sujet de sa pipe souvent présente sur ses photographies, aurait répondu que « parfois une pipe n’est qu’une pipe », pour signifier que tout n’est pas sujet à interprétation psychanalytique. Ceci pour rappeler, qu’avec les vingt cigares qu’il fumait quotidiennement, sa pipe est néanmoins à l’origine de son cancer du maxillaire supérieur dont il souffrira de 1919 jusqu’à sa mort en 1939. De la sorte, une pipe n’est peut-être qu’une pipe mais elle ne sera jamais une pipe ! Tout est relatif… Un peu comme le chat de Schrödinger qui est à la fois mort et vivant tout en étant soit mort, soit vivant. Ah qu’il est bon de laisser flotter son esprit en période estivale… Mais au fait, savez-vous qui sont Jean Cocteau et François Mauriac ? René Magritte et Sigmund Freud ? Thor et Loki ? Pepper Potts et Jane Foster ? Question de génération !

Pour en savoir plus sur mes lectures estivales :
Ben Macintyre. L’Opération Mincemeat. Pocket, Ixelles éditions (2011).
J.D. McClatchy & E. Lennard. Maisons d’écrivains américains. Éditions du Chêne (2004).

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