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Comment expliquer le vieillissement cognitif "sain" ?

Le Billet du Neurologue, Dr Bernard CROISILE

Notre corps vieillit, notre cerveau aussi, nos fonctions cognitives également. Il serait étonnant que des fonctions aussi élaborées que la mémoire, le langage ou le raisonnement ne subissent pas quelques conséquences physiologiques de l’avancée en âge alors même qu’en pâtissent des fonctions plus simples telles que la vue, l’audition ou la motricité. Ce vieillissement physique et cognitif « normal » réduit nos activités au point d’engendrer une réduction ou une fragilité de notre autonomie, quand bien même aucune « maladie » ne serait présente. Si gagner en année est une victoire réelle, on constate toutefois qu’augmente aussi le nombre de dernières années en mauvaise condition physique ou cognitive. L’enjeu est de gagner en qualité de vie, ce qu’on appelle le « bien vieillir ».

Les fonctions cognitives


Les fonctions cognitives englobent l’ensemble des processus permettant d’acquérir des savoirs, de les conserver puis de les utiliser dans les différentes situations de vie qui nous permettent de résoudre un problème, de raisonner, de prendre une décision, de planifier, d’organiser, de créer. Le fonctionnement cognitif est intimement lié aux entrées sensorielles et aux actions motrices, mais il subit en outre l’influence d’autres processus mentaux tels que le caractère, la personnalité, le comportement, l’humeur.
Très vite, les chercheurs ont identifié des secteurs cognitifs moins robustes que d’autres, en règle générale les plus complexes car plus exigeants en ressources attentionnelles. On oppose donc, une « intelligence fluide », correspondant aux activités intellectuelles élaborées, fortement liée aux capacités attentionnelles et donc plus sensible aux effets de l’âge, à une « intelligence cristallisée », plus robuste avec le temps car liée à des fonctions plus basiques, en lien avec les savoirs accumulés au fil du temps. De ce fait, si l’on prend l’exemple emblématique de la mémoire, il n’est pas correct de dire qu’elle s’affaiblit avec l’âge, car en fait certaines de ses composantes seront plus fragiles ou plus lentes alors que d’autres gagneront avec le temps : s’il est ainsi plus difficile d’apprendre par cœur (fonction d’apprentissage de la mémoire), de son côté le stock des connaissances progresse avec le temps (mémoire sémantique).

Vieillissement normal et pathologique


Le vieillissement cognitif physiologique s’accompagne de plaintes centrées sur la mémoire, le langage et la concentration car il est rare qu’une personne déclare être moins créative ou moins intelligente qu’autrefois, tout au plus se plaindra-t-elle d’être plus lente à raisonner ou à résoudre un problème.
Sur le plan psychométrique, le vieillissement cognitif correspond au déclin, au fil du temps, des performances des personnes lors de certains tests sensés évaluer différents domaines cognitifs. Il est important de comprendre qu’on ne teste jamais « la » mémoire, mais la capacité à résoudre une épreuve psychométrique dans ses dimensions d’apprentissage, de stockage et de récupération d’une information nouvelle ou passée.
Quand une personne pense avoir vieilli et se plaint de sa mémoire, elle compare sa compétence actuelle à celle d’autrefois (« Avant, j’apprenais plus vite ») ou à celle d’autres personnes (« Ma femme se rappelle mieux les prénoms de nos neveux »). On avait coutume de dire que le vieillissement cognitif débutait vers la quarantaine, on pense maintenant qu’il pourrait commencer dès la vingtaine. Mais comment déterminer avec précision l’évolution des capacités cognitives d’une personne ? Pour le savoir, il faudrait l’évaluer de l’âge de 20 ans à celui de 90 ans, ce qui est techniquement infaisable. Quel décideur politique attendrait 70 ans pour avoir la réponse à sa question sur l’impact du vieillissement ? On se contente le plus souvent d’étudier les mêmes personnes sur 10 à 30 ans. L’autre solution est de comparer, au même moment des personnes de 20 ans, 30 ans, 40 ans, 50 ans, 60 ans, 70 ans, 80 ans et 90 ans, ce qui est plus facile mais comporte un biais important, celui de la non-comparabilité potentielle de générations qui n’ont pas été nourries et éduquées de la même façon. Si, grâce aux registres militaires, on sait que les hommes ont grandi de 10 cm en 200 ans, on peut penser que l’alimentation a également eu des répercussions sur notre fonctionnement cérébral.
Individuellement, pour démontrer qu’une personne a un déficit cognitif, on comparera ses performances à celles d’un groupe témoin (ou contrôle) comparable, c’est-à-dire de même âge, de même sexe et de même niveau socio-éducatif, en espérant que l’on ne subira pas les conséquences d’une trop grande hétérogénéité liée à des spécificités personnelles. Par exemple, même deux médecins de même âge et de même sexe peuvent se différencier sur l’amplitude de leurs capacités mnésiques.

Les trois hypothèses du vieillissement cognitif


Si l’organe cerveau vieillit, quelles en sont les conséquences sur son fonctionnement ? On avance trois théories, sans exclure bien sûr leur possible combinaison, ni une grande variabilité d’un individu à un autre.
La première hypothèse est celle du ralentissement cognitif, c’est-à-dire de la diminution de la vitesse de traitement des informations parvenant au cerveau. Ceci peut se mesurer par le temps de réaction ou le temps de réponse lors d’un test. Tout le monde sera d’accord pour ne pas considérer comme équivalentes la situation d’une personne de 20 ans trouvant un nom propre en deux secondes et celle d’une personne de 80 ans qui mettra quinze secondes pour trouver le même nom. Bien sûr, pour finir, le nom est retrouvé par les deux personnes, mais indéniablement l’octogénaire se sentira amoindri voire inquiet.
La deuxième hypothèse envisage une réduction des capacités de la mémoire de travail, c’est-à-dire du système de maintien temporaire des informations pour les mémoriser ou les comprendre. En gros, avec l’âge on a le sentiment d’avoir plus de mal à se concentrer, ce qui retentira sur le fonctionnement de l’intelligence fluide.
Enfin, la dernière hypothèse est celle d’une difficulté à sélectionner les informations pertinentes, ce qui retentit sur l’adaptabilité aux situations nouvelles.

Le vieillissement cérébral est contrebalancé par la neuroplasticité


Le vieillissement cognitif dépend de celui des cellules du cerveau. Avec le temps, deviendront moins efficaces certains neuromédiateurs fortement impliqués dans le fonctionnement cognitif (dopamine pour la vitesse de réaction, glutamate pour la mémoire et le raisonnement). De même, les neurones et leurs cellules de soutien dégénèrent et meurent, plus particulièrement dans les régions frontales dévolues aux fonctions cognitives les plus élaborées. Heureusement, nous sommes capables de créer de nouvelles connexions inter-neuronales et même de développer de nouveaux neurones à partir de neurones souches, ce qui compense en partie les conséquences des modifications liées à l’âge. En effet, le cerveau n’est pas inerte, il est en mesure de s’adapter aux nouvelles informations ainsi qu’aux stimulations inattendues de son environnement.
Cette plasticité neuronale s’accompagne d’une plasticité cognitive de mise en place de nouvelles stratégies ou de stratégies alternatives moins coûteuses. Même si Don Diègue regrettait devant son fils Rodrigue le cruel souvenir de sa gloire passée, d’une part il s’en rappelait, et d’autre part il était en mesure de mettre en place une stratégie de substitution, envoyer son fils affronter le père de Chimène…

Pour en savoir plus :
Bernard Croisile. Tout sur la Mémoire. Éditions Odile Jacob (2009).

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